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Alexandre Nadjari sort les grandes voiles !

#MUSIQUE – Après deux albums sortis en anglais sous le nom de Yalloh et salués par la critique (« Un délice rare » JD Beauvallet / Les Inrocks, « Les mélodies ont une sophistication rare dans nos contrées » François Gorin / Télérama), Alexandre Nadjari se met à nu et revient avec un EP extrait d’un nouvel album intime et mélancolique à paraître bientôt, écrit en français et arrangé par le génial Séverin et André Baille Barrelle.

Elle était là, la petite musique. Depuis longtemps. Elle traînait, se construisait, trouvait ses formes, ses airs, ses mots. Elle était là, la petite musique : dans la tête d’Alexandre Nadjari, mais pas ailleurs. Car les chansons que l’enfant dessinait, les mélodies et arrangements qu’il esquissait, les textes auxquels il donnait vie n’existaient alors qu’en esprit.

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Des albums entiers d’imagination pure, un fantasme élaboré, un jardin secret ensemencé par les airs des héros 60s ou 70s qu’il entendait à la maison, Léonard Cohen, David Bowie, les Beatles de McCartney, Joni Mitchell, le Velvet. Des pleins et déliés délivrés de toute contrainte, une échappatoire salvatrice à la compétition permanente d’une éducation exigeante, un domaine intime construit loin de la quête de perfection d’un parcours scolaire brillant.

À parcours scolaire brillant, vie dorée. Adulte, Alexandre Nadjari a continué à évoluer dans l’excellence. Un bon job, un bon salaire, un bel appartement, des vacances autour du monde. Ça fait rêver ? Certes. Sauf qu’il manquait quelque chose. Le principal, peut-être : cette petite musique, ce fantasme d’autre chose et d’ailleurs, ces dizaines de chansons écrites mais jamais jouées, ces carnets entassés avaient besoin de prendre l’air et leur auteur de dévoiler un peu, enfin, ce visage parallèle. Ce sera d’abord sous le nom de Yalloh, ce sera d’abord en anglais -une forme de protection, une ultime bulle d’intimité pour un garçon pas encore tout à fait prêt à se mettre intégralement à nu, pas encore prêt non plus pour faire dérailler une vie professionnelle solidement établie.

Extrait du EP « Chambre noire »

 

Évoluant dans une stratosphère remarquable entre Radiohead et Patrick Watson, produits avec son camarade André Baille Barrelle, deux albums (le capiteux, tortueux et songeur Abcity en 2011 puis le plus électrique mais toujours voltigeur Devil In My Home en 2015) décrochent quelques beaux lauriers critiques, imposent une voix troublante et soufflent de belles atmosphères à ces chansons qui ne demandaient qu’à trouver l’air libre.

Yalloh est, bien sûr, Alexandre Nadjari. Mais Yalloh n’est pas tout à fait Alexandre Nadjari, pas complètement Alexandre Nadjari: la métamorphose n’est alors pas encore achevée, la libération pas absolue. La mue du garçon passera par sa décision, en 2016, de s’offrir totalement à cette petite musique qui, depuis l’enfance, anime et colore son âme. Elle passera également par l’Allemagne, en particulier par Berlin, avec lesquelles le Parisien partage son temps et où il trouve un producteur avisé, un public enamouré et joue quelques concerts remarqués – au mythique Berghain, au Fluxbau, en première partie de la brillante ALA.NI ou en compagnie de la fantasque Teresa Bergman. Elle passera enfin par une annus horribilis qui bouleversera, sans doute à jamais, la vie de ce trentenaire : Alexandre Nadjari entame l’écriture de nouvelles chansons alors que son père, gravement malade, vit ses derniers mois dans une chambre d’hôpital et alors, coup de poignard simultané, que son couple se délite jusqu’à la rupture.

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Quelque chose change. Radicalement. Il écrit en français, il écrit sous son nom. Dans ce double deuil, cette double douleur, il se jette dans le noir, plonge dans l’abysse, sans masque ni protection, habité par l’admirable acceptation la fragilité de toute chose. «J’ai compris dès le début que Chambre noire serait un album de deuil : mon père était malade, nous savions que son temps était compté, j’allais le voir tous les jours à l’hôpital, pendant un an. Au cours de la même période, mon couple a également explosé. Le fait d’écrire en français me donnait un sentiment de connexion à la vérité, de mise à nue qui me semblait primordial. J’y suis allé entièrement, sans retenue, et sous mon nom. C’est un album égoïste, qui porte sur moi, mais ces chansons sont des thérapies. J’espère que d’autres que moi peuvent s’emparer de cette catharsis : des chansons comme Dors ou Toujours pareil, qui parlent de deuil, de rupture amoureuse, de la peur de perdre quelqu’un, touchent des thèmes finalement assez universels.»

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Il faut déchirer l’obscurité pour retrouver la lumière : c’est précisément ce qu’Alexandre Nadjari réussit avec Chambre Noire. Ce pâle soleil illuminant le bout d’un tunnel, le splendide clair-obscur d’une «nostalgie bienveillante» qu’Alexandre Nadjari dit rechercher ont été allumés par le formidable Séverin, venu épauler André Baille Barrelle à la production. «Séverin a apporté une touche plus radiophonique, plus moderne, un peu moins grave. J’ai appris avec lui à me relâcher, on a mis de côté la perfection des enregistrements précédents.

J’ai retrouvé une certaine spontanéité : ma vérité vient avec des fêlures.» La chambre est noire mais la photographie est lumineuse: vaporeuses et graves, drapées dans des arrangements de velours et chanté d’une voix de soie agile, doucement psychédéliques et formidablement atmosphériques, les chansons de Chambre noire trouvent un équilibre parfait entre l’infiniment intime et l’immense universel, entre romantisme et réalisme, entre la peur et son abandon, la douleur et sa cure. Pleinement libérée, la petite musique d’Alexandre Nadjari peut aller conquérir les coeurs, la métamorphose du garçon est désormais accomplie : cette Chambre noire est le point de départ d’un nouveau et long périple.

 


 

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