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Sly Johnson : nouveau single « New Day » disponible !

Avec l’album Silvère, Sly Johnson se dévoile

cdAvec ce 3ème album à son nom, Sly Johnson frappe fort. Et nous touche en plein cœur, autant qu’il réjouit notre ouïe. Silvère s’inscrit dans la longue quête qu’a entamée le chanteur, beatboxeur, rappeur, instrumentiste, auteur et compositeur français avec son premier disque solo, 74 (Universal Jazz, 2010), qu’il avait titré en référence à sa date de naissance.

Puis c’est avec le pseudonyme utilisé durant l’ère Saïan Supa Crew qu’il a baptisé son deuxième album, The Mic Buddah (2015). Quels que soient les hauts et les bas que lui ait réservés le destin, Sly Johnson est, aujourd’hui, décidé à se dévoiler. En appelant cet opus Silvère – le prénom que lui donnèrent ses parents –, il nous convie à pénétrer dans l’univers complexe de son intimité. Mais sans nul étalage, ni complaisance envers lui-même. Tout du long, les fans reconnaîtront cette humilité et cette générosité conjuguées, qui, chez lui, rayonnent comme l’aube claire.

« Je me sens prêt à afficher, non plus seulement l’artiste, mais l’être humain que je suis, en narrant les aventures et les mésaventures que j’ai traversées, nous explique-t-il. Avec ce disque, je suis enfin prêt à me raconter ».

Pour cette mise nu, il a fait appel à un producteur de totale confiance, Ben Molinaro, membre de son premier groupe. Ben Molinaro a entièrement réalisé Silvère, a signé sept des douze compositions (les autres étant de Sly) et conçu l’ensemble des arrangements. Il a ciselé chaque pièce avec la minutie d’un orfèvre sonore et avec la flamme de l’amitié qui relie les deux hommes. Ces derniers ont une qualité rare en commun : ils savent insuffler aux machines comme une respiration. Silvère s’avère être l’album le plus électro de Sly Johnson, mais avec une sensation délicieusement organique.

Un disque de chansons

Coréalisateur, Jordan Kouby, a apporté sa pierre à l’édifice, avec pertinence, par les prises de voix et le mixage qu’il a effectués. Toutes les conditions étant réunies, Sly Johnson franchit ici un cap. Il nous propose un disque de chansons. Sa voix s’envole vers de nouveaux cieux. Elle chante, pleinement, sereinement. Lui, le beatboxeur de haute voltige, a décidé de mettre en veilleuse sa virtuosité, pour nous offrir la substantifique moelle de son art : cette science habitée de conscience et vibrante de sensibilité, que nous retrouvons chez les plus grands artistes et qui, en ces temps troublés, nous aide à vivre.

L’ode à la renaissance, New Day, fuit tout angélisme. Si le refrain chanté épanche un espoir solaire, salutaire, le rap des couplets nous replonge dans la réalité, suggérée par un chapelet des mots (« combat », « éclat », « planète », « Apaches », « exclus », « injustice », « exode »…). La musique, qui n’est pas sans rappeler le hip hop à son âge d’or (années 1990), porte en son sein une dualité, entre énergie stimulante et nostalgie d’une époque qui semblait meilleure. « Je pars de mon expérience personnelle, pour élargir mon propos jusqu’à un constat social, par touches, comme un peintre réaliserait un tableau. J’ai écrit cette chanson, alors que les Gilets jaunes manifestaient un peu partout. Je me sens concerné par l’avenir de l’humanité et de la planète ». Il évoque l’exclusion infligée à divers pans de la population : les femmes, les enfants, les homosexuels (il leur adresse un clin d’œil dans le deuxième couplet, quand il scande « Soyons têtus »), sans oublier, aux quatre coins du monde, les migrants contraints à l’exode.

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L’amour salvateur

A la légèreté pétillante de Tué ma vibe, son humour distancié et sa musique souriante, succède Sale, où les cauchemars angoissants qui hantaient l’enfant Silvère sont traduits par des beats qui tombent comme un couperet et un son saturé, abrasif, que viennent éclairer, ici et là, des étincelles de claviers synthétiques. L’obscurité se dissipe avec Tout, dont les notes dynamisent et dynamitent l’espace pour nous catapulter dans une immensité galactique, radieuse. N’est-ce pas ce que l’on ressent, lorsque le coup de foudre nous saisit, inexplicable, irrépressible, et nous propulse au septième ciel ? « J’avais envie de parler de l’amour, quand il fait irruption dans notre existence sans crier gare. Cet amour-ci ne durera pas forcément, mais, grâce à la fraîcheur et la bienveillance qui l’animent, il devient une transition salvatrice et nous permettra d’accueillir, plus tard, une histoire d’amour qui sera celle de la maturité et de la paix intérieure ».

Arrive Décembre, sa froidure et, en écho, le frimas qui étreint l’âme. Ben Molinaro a imaginé une musique lancinante, dont la sobriété épouse le dépouillement du chant et met en valeur le texte. « Décembre était un mois difficile pour mon père, qui avait perdu son frère cadet à la période de Noël. Le voir souffrir chaque année me peinait. Il vivait seul avec moi, à Montrouge. On n’a jamais fêté Noël en famille. Je n’ai pas grandi avec ma mère, restée au Congo où elle a refait sa vie. En prenant de l’âge, on comprend de mieux en mieux les drames qui ont secoué nos parents. La rancune que, môme, on a pu nourrir contre eux se métamorphose en tendresse infinie. J’ai compris le déracinement de mon père et lui ai dédié cette chanson. Quand il l’a écoutée, ses yeux ont rougi ». Décembre, un des diamants du disque…

Dans les interstices du silence, le chant, saisissant

Dans Le miroir, Silvère nous confie le questionnement qui l’assaillait, quand, haut comme trois mangues, il ne pouvait se regarder dans le miroir accroché à un mur de l’appartement. « C’est une chanson sur le désamour de soi, le manque de confiance. Le jour où j’ai pu me regarder dans ce miroir, je n’ai pas aimé ce que j’ai découvert. J’y voyais un être qui n’avait pas de légitimité. Je me demandais : Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ma maman est absente ? Mon père avait trop de chagrin pour me fournir des explications. J’étais trop jeune pour comprendre que l’énorme énergie qu’il déployait pour se consacrer à mon éducation était le fruit d’un amour incommensurable. Avec le temps, j’en ai pris la pleine mesure ». Sly Johnson, qui a composé 5 des 12 titres, a fignolé ici une musique que l’on peut écouter en stéréo, chaque canal représentant une face du miroir. Un côté reflète la clarté – l’espérance –, alors que l’autre réfléchit une matière sonique granuleuse. « Il n’y a pas d’ombre sans lumière, et réciproquement. La métaphore du miroir exprime la dimension paradoxale de l’existence ».

Sa maman disparue en 2007, Sly l’honore dans Oh ! Mother, autre pépite de l’album, chantée a cappella. Il a samplé sa voix par couches successives. On discerne l’esprit du gospel et de la soul. Et, dans les interstices du silence – savamment distillé –, on perçoit la prégnance du chant premier : le chant intérieur. « J’ai intégralement réalisé ce morceau à la maison, comme si j’avais besoin de n’être en présence que de ma mère. Elle n’était pas là physiquement, mais je me sentais connecté avec elle. Moi qui, enfant, ne comprenais pas son absence et lui en voulais, je me suis apaisé quand je lui ai adressé cette déclaration d’amour ».

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« La justesse de son instinct » (Erik Truffaz)

A travers l’album Silvère, se déploie le kaléidoscope de la vie, ses contrastes, ses contradictions, mais surtout, pour qui choisit de rester positif et ouvert, son foisonnement de perspectives. Pour J’aimerais tant, avec Ben Molinaro en featuring, Sly Johnson a rédigé les paroles sur une partition de Ben: la saveur d’instruments acoustiques (claviers, basse, batterie) exhale un petit quelque chose de subtilement sensuel. Dans Skin, Sly traite du racisme, qu’il a tôt connu et qu’il continue hélas d’affronter. Les héros qu’il cite ont vécu dans leur chair et leur esprit cette oppression aussi cruelle qu’absurde. Dans un va et vient entre rap et chant, il célèbre la mémoire de Saartjie Baartman (la Vénus hottentote), du légendaire héros Kunta Kinté, etc.

Pour Babylone, Sly a puisé à une sorte de dub hors norme. La rythmique qu’il a construite, droite, presque aride, engendre une tension, tandis que, du début à la fin, plane un clavier, « à la manière de la brume matinale qui couvre la ville », précise-t-il. Les paroles rendent hommage aux martyrs que s’offre Babylone. « J’évoque Trayvon Martin, jeune Afro-Américain, non armé, tué par un policier en Floride, ainsi qu’une femme retrouvée morte dans une poubelle, après avoir été violée. Il est inacceptable que la violence puisse s’abatte ainsi à n’importe quel coin de rue ».

Dans L’échappée belle, Sly Johnson convoque Eros, sur un groove qui lentement s’embrase. Il fait l’éloge de celle dont le « corps oasis » et l’amour, aussi fort qu’inattendu, l’ont libéré du spleen qui s’emparait parfois de lui. Et voilà que nous retrouvons la belle dans Congo Girl, autre hymne à l’amour, dont la pulsation nous envoûte sans même que nous nous en apercevions. Ductile comme l’or, la voix de Sly monte au ciel, gracieuse, suave. Le bonheur est là, à portée de cœur… Petit Silvère devenu grand le mérite amplement, qui, en écho aux vers de Guillaume Apollinaire, a pris le temps de « rallumer les étoiles ».

L’opus Silvère ponctue magistralement un parcours d’exception, jalonné déjà de sept disques – dont 4 albums studio avec le Saïan Supa Crew et un enregistrement en duo avec Erik Truffaz (Paris, 2008, sur l’historique label Blue Note). Laissons conclure ce maître de la trompette, de la composition et de l’improvisation : « Ce qui caractérise l’artiste Sly Johnson, souligne Truffaz, c’est la justesse de son instinct et sa façon, à l’instar d’un jazzman, de sublimer l’inconnu ».

Fara C.

Sly Presse38725©AlexandreLacombe
©Alexandre Lacombe

 

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